En grec ancien le terme “meteoros” signifie “qui s’élève du ciel”, “suspendu”, “élevé”, ou encore “au milieu de”. Les nuages constituent depuis toujours des liens entre le réel et l’imaginaire, entre le paradis et la terre, la légèreté et la gravité. Ils peuplent les cieux des fresques de la Renaissance, où ils sont souvent représentés peuplés de profanes et de prophètes, d’anges et de divinités. Tout au long de l’histoire, cette voûte céleste a été un espace de convivialité, d’apprentissage et d’échanges.
Suspendu au milieu de la voûte de verre de la gare de St Pancras, à Londres, Nuage | Météoros, ressemble à un vaste cumulus peuplé de voyageurs, un “tapis magique” emmenant ses passagers pour un voyage imaginaire dans le ciel. L’œuvre porte également un message politique. Le nuage évoque l’eau de laquelle il est naturellement constitué et pose ainsi la question de la façon dont l’humanité partagera cette ressource vitale sur terre.
Lucy + Jorge Orta associés à une nouvelle initiative intitulée Terrace Wires, ont été sélectionnés pour créer la toute première sculpture à être accrochée dans le Barlow Shed du terminal du Eurostar. L’œuvre constitue un signal de bienvenue pour près d’un million de voyageurs qui transitent chaque semaine par la gare.
Elle sera visible jusqu’au 30 Octobre 2013
art & collection
« À deux reprises, l’idée de vendre ma collection m’est venue pour me repositionner devant elle, et je n’ai pu donner suite ; ce tout me collant à la peau, il en est indissociable dans mon parcours de vie. Mais l’accumulation me gène, c’est une lourde charge morale. C’est la raison pour laquelle je choisis de l’exposer. » dit Philippe Delaunay … c’est ce qu’il fait à la galerie Françoise Besson, 10 rue de Crimée à Lyon jusqu’au 2 juin. « VIVRE AVEC » est son adage, mais montrer partager et faire participer à ce plaisir est envie. Ce n’est donc pas d’un collectionneur accumulateur et qui garde jalousement son trésor dont il est question mais d’un homme dynamique, généreux et ouvert qui a mis les artistes au centre de sa vie. Il n’en est pas à son coup d’essai, puisque chaque deuxième dimanche de janvier, année après année, Philippe Delaunay prend date d’une façon singulière : il invite chez lui pour un 5à7-art.breteuil les artistes dont il possède, dans sa collection, des réalisations. Ce sont des moments privilégiés de rencontre avec les créateurs de formes, qui ont donné à sa vie et à son lieu de vie la forme d’un musée vécu. En 2008 il a envoyé une chaise en kit à 101 artistes, libres a eux d’en faire ce qui les inspirait en rapport avec pleur travail artistique et le résultat a donné des œuvres étonnantes, réunies à l’occasion d’expositions dans des lieux les plus variés et notamment à l’étranger. Et en 2010, il a crée le groupe « E42 » ; son action consiste à parrainer les carrières de neuf jeunes artistes alors non encore intégrés dans le circuit des galeries et dans l’exposition actuelle les œuvres de la collection voisinent avec celles de ses « poulains ». « Je ne me considère pas comme un collectionneur: je vis l’aventure de l’art par passion, par désintéressement, par besoin de rester debout et fais passer ce « virus » autour de moi. A travers mes acquisitions, à travers les expositions organisées par l’association à vol d’oiseau du cercle - créée en 1983 - je tente de pénétrer la disponibilité des gens qui me côtoient pour leur permettre de vivre mieux grâce à des oeuvres porteuses de vérités… Et en homme libre, désireux d’éclectisme, je clame que c’est notre corps qui donne de nouvelles informations à notre cerveau. L’ouverture: se laisser entraîner dans l’imaginaire extraordinaire. » précise encore ce collectionneur d’un autre genre…
art & nature Marie Denis
Notre rapport à la nature, dans l’occident, se base sur un système de domestication. Le couple nature/culture dans sa dualité amène la dialectique domestiqué/sauvagerie. Cette conception, très ancrée, propose l’image de l’homme défricheur dont la maison entourée d’un jardin cultivé, le coupe et le protège de la nature sauvage. Tout repose sur cette notion de rupture. A la Renaissance, apparaît une notion moderne celle de la nature idéalisée. Dès le 16°s, et à la différence du Moyen Age on imagine que la nature aime à se cacher, et donc l’artiste cherche à la dévoiler. Il respecte en cela le modèle platonicien de la recherche de la beauté à travers cette idée qu’il existe un modèle de perfection, que la nature est détentrice d’un certain nombre de secrets et de beauté. Le rôle de l’artiste serait donc de les révéler. Se développe également une croyance en une sorte de divinité de la nature. L’homme tente alors de recevoir l’enseignement de la nature, ce discours se retrouve dans le désir de l’artiste d’imiter la nature, d’aller à la recherche de ces modèles et cela passe par l’invention de la nature en peinture : le paysage, la nature morte, les bouquets de fleurs. Si la nature a, donc, beaucoup servi de modèle aux peintres, de nous jours, elle sert toujours d’inspiration, mais au cours du XX°s ce rapport s’est modifié. Il n’est plus question de représenter la nature, mais d’y intervenir directement ou de la faire venir dans l’espace de la galerie ou du musée (land art, earth works) pour répondre à une volonté d’investir des espaces vierges pour leur donner sens et inscrire la trace de l’humain ou, à l’inverse, à un désir de se laisser habiter par la nature. Ces démarches menées dès les années 1960 correspondent également à un refus du système culturel et de ses institutions et à une critique du marché de l’art et de son mode de fonctionnement d’économie de marché.
Actuellement les artistes qui traitent de la relation à la nature sont très nombreux. L’esthétique de leurs oeuvres repose sur le désir d’établir une communication intime, un lien poétique et sensible entre l’homme et la nature, de révéler un potentiel artistique préexistant, de déclencher une émotion chez le spectateur, de provoquer des relations sensorielles et affectives, de faire l’éloge de la fragilité, du transitoire, de l’éphémère. Face à ces œuvres, le spectateur est amené à s’interroger sur l’idée de nature aujourd’hui et doit reconsidérer sa position par rapport à elle au vue des relations nouvelles qu’entretiennent les hommes avec leur environnement, les sciences et techniques, les nouvelles théories et courants de pensée et des préoccupations écologiques.
Marie Denis mène depuis toujours une réflexion sur la nature. Elle a une prédilection particulière pour l’univers végétal et minéral, un goût certain pour la matérialité et les matériaux auxquels elle insuffle un deuxième sens, une nouvelle vie. Elle précise : « je crois en une forme d’hellénisme, en une vertu de la beauté, une idée du beau, des matériaux et des formes. Par mes propositions de déplacement et de détournement des matériaux de leur usage, j’apporte une manière de régénérer le regard de celui qui découvre l’œuvre. Il lui faut plusieurs regards. J’aime aussi l’effet de surprise et le plaisir qui en découle. C’est important aussi cette idée de plaisir dans l’œuvre. Ce que je propose c’est une mise en déroute du spectateur, mais aussi une mise en lumière ». L’homme et sa relation au monde est le fil d’Ariane de l’ensemble de son travail. Elle aborde la nature comme un élément fondamental à la base de sa réflexion, comme un matériau de sculpture et de pensée. Un territoire en friche où tout reste à inventer, à façonner. Elle utilise des matériaux végétaux et intègre l’évolution de la nature comme une part entière de ses oeuvres. Elle se saisit du paysage comme de la plante, comme point focal pour une pensée ouverte. Cette pratique lui permet de questionner le rapport à l’expérience, aux traces et empreintes, à l’espace tridimensionnel et bien sûr au temps. Sa croyance en une âme, une force vitale, animant les êtres vivants, les objets, mais aussi les éléments naturels sert de fil conducteur. Si elle emprunte au vocabulaire plastique de la nature, c’est pour procéder, par détournements, changements d’échelle et regards décalés, à des modifications subtiles qui amènent à un basculement dans un univers poétique et interrogatif.
Son exposition est visible à la galerie Alberta Pane, 14, rue Saint-Claude
75003 Paris, jusqu’au 11 mai
art & nature, Marie Denis



Ces quelques fleurs…

Si d’emblée lorsque l’on pense aux fleurs dans la tradition picturale, une petite connotation péjorative vient à l’esprit. Ce motif, « joli » certes, mais quelque peu mièvre, se voit souvent réservé à l’aquarelle et aux motifs d’ouvrage de dame… C’est pourtant largement oublier son âge d’or à l’époque des splendides natures mortes du XVIIe siècle. Depuis le motif de la fleur perdure dans l’art moderne, des impressionnistes à nos jours, même si la période des avant-gardes a eut tendance à l’écarter quelque peu, quoique Manet ou Warhol en ont produit des pièces très intéressantes. Aujourd’hui qu’en est-il, le radicalisme de l’art contemporain peut-il encore se frotter à ce sujet que l’on pourrait hâtivement juger trop charmant ? Il n’est plus question ici de s’adonner à des démonstrations de virtuosité, mais plutôt selon les codes habituels de détournement et d’ironie employés par nos contemporains de poser un regard comme toujours décalé. Fleurs tridimensionnelles, artificielles, ou virtuelles, bouquets griffus, papier peint fleuri, couronne funéraires, compositions « florales », sur un ton sarcastique, kitsch ou interrogateur, les œuvres-fleurs présentées à la galerie Ouizeman décortiquent le langage des fleurs et questionne notre rapport au monde.



art & neuro-science
Depuis longtemps l’artiste Jan Fabre s’intéresse à la neuroscience puisque le cerveau de l’homme est l’objet physique le plus complexe du monde vivant. Il s’avère fasciné par la jungle des neurones et des synapses qui le constituent. Cet organe d’un kilo et demi, à la fois mou, tendre, souple et vulnérable se voit doté d’une incroyable plasticité, ce qui en fait notre premier organe sexuel. « Pas d’érection sans imagination » clame Jan Fabre. Le système limbique ou cerveau des émotions créé en effet le désir et le plaisir et donne cette sensation de bien être et d’euphorie mentale, le plaisir psychologique dépend ainsi de la capacité à s’abandonner et de l’imaginaire érotique. L’artiste flamand ayant travaillé avec les artisans de Carrare a réalisé une série de sculptures en marbre d’un blanc immaculé mettant le cerveau humain dans tous ses états. Deux gisants à l’effigie de deux grandes figures de scientifiques bien connues pour leurs recherches sur l’anatomie du cerveau et les des modes de comportement individuel et social l’américaine Elizabeth Caroline Crosby (1888-1983) et l’autrichien Konrad Zacharias Lorenz (1903 - 1989), sont placés au centre de cette installation de type funéraire dans les deux galeries de Daniel Templon. Il se trouve que le hasard a voulu que ces deux figures historiques ressemblent physiquement aux parents de l’artistes, lequel est lui-même une copie conforme de son père… une mise en abyme donc !
Un tag sur un mur proclamait que « l’esprit d’ouverture n’est pas une fracture du crâne », cette exposition apporte, au contraire la preuve que le dialogue entre les champs de connaissance les plus varié peut s’avérer fécond.
